En ce temps de crise sanitaire due à l’épidémie Covid19, le sujet de l’impact du masque sur la voix et la communication est primordial en termes de santé publique, physique et psychique.

Aussi, MUS’E souhaite le développer lors de formations (en présentiel ou à distance) auprès des enseignants et du grand public, des stages vocaux et des ateliers individuels ou collectifs en MusicoPhonologie.

Cet article rend compte de l’expérience vécue lors du premier atelier de la rentrée de MUS’E en HARMONIE VOCALE que j’animais mardi 22 septembre avec une participante à distance et trois autres à la maison MUS’E. L’une d’entre elles, enseignante, d’emblée m’a fait part de sa grande fatigue vocale, qu’elle attribuait au port du masque obligatoire dans sa classe et dans la cours.

Nous avons aussitôt mis en pratique les informations que j’avais reçues la veille, en participant à une formation CNRS en webinaire, “Communiquer et enseigner avec un masque : comment s’en sortir ?“, lors de la 5eme réunion de La communauté de pratique MGEN En Prevention Des Troubles De La Voix.

Deux intervenantes : Nathalie Henrich-Bernardoni, Directrice de Recherche en Sciences du langage, CNRS, France, et Angélique Remacle, Orthophoniste, Docteure en sciences psychologiques et de l’éducation, Chargée de recherche au FNRS, Maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles, nous faisaient part de leurs récentes recherches.

Leur objectif était de débattre du problème de la santé vocale et de la communication en situation d’enseignement avec port du masque :

  • Quel est l’impact du masque sur la capacité à communiquer et à interagir avec les élèves?
  • Comment impacte-t-il la respiration ?
  • De quelle façon modifie-t-il la parole transmise et la parole reçue ?
  • Quelles adaptations possibles à cette situation de port de masque pour l’enseignant et son environnement
  • Quels conseils pratiques à mettre en place au quotidien pour limiter ?l’effort vocal de l’enseignant et favoriser la compréhension de ses élèves?

L’impact du port du masque sur la santé et la communication s’avère important du fait qu’il constitue :

  • un inconfort respiratoire ; joue sur la saturation et le niveau de dioxyde de carbone 
  • un écran visuel préjudiciable à la communication non verbale
  • un écran acoustique, une barrière aérodynamique diminuant l’intelligibilité
  • une atténuation des fréquences au-dessus de 1000Hz, aux alentours de 3000 Hz la zone la plus sensible (de 3 à 12 db)
  • un impact très important sur la production des consonnes, fricatives et plosives 

CONSEILS PRATIQUES :

  • Phonatoires :
    • Respiration tranquille, complète avec pause inspiratoire longue,
    • Réduction du débit de parole permet la compréhension,
    • Articulation  favorise la précision, l’intelligibilité
    • Modulation vocale permet d’utiliser la voix avec souplesse, en termes de : fréquence (intonation), harmoniques (formant du chanteur autour de 2000 Hz), intensité 
    • ne pas parler plus fort : rythme, élan, impact positif sur les élèves
  • Visuelle :
    • Expression du visage, regard
    • Gestuelle – Dissocier geste et voix 
  • Environnement – hygiène de vie
    • Humidification (boire de l’eau régulièrement)
    • Aération des salles
    • Apprendre à faire des pauses
    • Sensibiliser à l’amplification
    • Arrêter les habitudes pathogènes :
      • crier, tousser, racler, parler en cas de douleur, laryngite
      • les poussières, le tabac

En conclusion, les deux intervenantes invitaient à revoir la politique du port du masque et interroger sa pertinence en toute situation. En effet, le coût du port du masque entraîne des troubles vocaux, un épuisement des enseignants, auquel s’ajoute le coût des troubles des enfants, du fait de l’impact considérable sur la compréhension des élèves, avec un coût cognitif élevé et une fatigue préjudiciable à toute acquisition de savoirs.

Parallèlement, elles nous encourageaient à proposer aux enseignants d’adopter une attitude positive, en acceptant le masque, non comme un obstacle et un empêchement, mais bien comme une invitation à développer leurs capacités vocales et leur communication non verbale.

C’est dans cette disposition d’esprit que nous avons fait ce soir là, derrière nos masques des exercices tout en chantant la chanson choisie par l’une des participantes “quand tu chantes, quand tu chantes, quand tu chantes, ça va!”. A l’issue de la séance, l’enseignante avait retrouvé sa voix et sa bonne humeur et a exprimé le souhait que j’écrive un article afin de le diffuser auprès de ses collègues. Ce que j’ai fait, en y incluant son témoignage que vous pouvez lire ci-dessous.

Isabelle Marié-Bailly, 26 septembre 2020

TEMOIGNAGE d’une enseignante

« Le masque est ton ami, alors souris… Si, si ! 
Le masque… Nous le vivons comme un frein, une contrainte. Nous, les “professionnels de la voix”, nous nous retrouvons bâillonnés derrière ce bout de tissu DIM. Il nous empêche de communiquer avec nos élèves, d’attirer et retenir leur attention, c’est une barrière à notre outil de travail. Oui, il “bloque” notre voix et nous oblige à nous époumoner, nous fatiguant encore plus…

Mais… réfléchissons…

Ce masque ne pourrait-il pas nous révéler nos défaillances vocales ? Et donc mettre en lumière nos failles, nos mauvaises habitudes et ainsi nous permettre de les corriger et être plus efficient ?
Notre voix est riche. Elle contient à elle seule de multiples octaves, et se propage sur des longueurs d’ondes impressionnantes. Donnons-lui de l’espace, faisons là résonner pour entendre toutes ses harmoniques et ainsi, avec peu d’efforts, avoir la “puissance” que nous recherchions avant en nous époumonant. La puissance vient de nos muscles pelviens et de nos résonateurs, qui nous permettent d’émettre des sons riches et intelligibles en donnant une impulsion abdominale souple, en précisant avec notre bouche, nos lèvres et notre langue la place articulatoire de chaque phonème et amplifier le flux d’air expiratoire et .…

Voilà ! Rien de plus simple ! En ouvrant notre écoute, en laissant faire la détente inspiratoire, nous préservons notre voix jusqu’en fin de journée, nous pouvons jouer avec la prosodie afin de capter l’attention de nos élèves, tout est bon ! 

Alors oui, tu portes un masque, souris ! Il va t’apprendre à “parler mieux” d’une voix éclaircie!

CB. 23 09 2020